Cultiver l’intelligence culturelle

Felipe Franco

Directeur Délégué du Développement

Paroles d’expert

Originaire du Brésil, au cours des 10 dernières années, j’ai eu l’occasion de vivre dans 4 pays différents : la République Tchèque, l’Ile Maurice, la Chine et la France. Travailler et communiquer avec des personnes d’horizons différents m’a fait réaliser à quel point la diversité est une force et une richesse et qu’il est essentiel de la cultiver, de la faire rayonner mais aussi de la protéger de l’uniformisation.

La culture façonne notre manière de percevoir le monde : nos pensées, nos comportements, notre façon de voir les Autres et de communiquer avec eux. C’est à la fois un processus et un mode de vie, une activité et un ensemble de connaissances. Une dimension objective et visible : systèmes économique, politique, religieux, éducatif, juridique, les arts et les lettres. Et une dimension subjective qui comprend les valeurs, les croyances, les usages, les coutumes… Mais surtout, la culture est vivante, elle se transforme, elle mue au fil du temps et des échanges.

Dans un monde global et de plus en plus digital, une compréhension poussée des différentes cultures (surtout des aspects subjectifs et insaisissables au premier abord) donne une meilleure vision et compréhension des Autres. Partir en mission à l’étranger, manager une équipe multiculturelle, gérer une interaction avec un client d’une autre culture : autant d’occasions de tensions ou de rencontres riches, tout dépend du parti pris !

Connaître mieux une culture et avoir conscience de ses particularités évite bien des malentendus ! Les Chinois, par exemple, ne disent pas non explicitement. La preuve en est qu’ils n’ont pas le mot « non » dans leur vocabulaire. Au lieu de cela, ils utilisent le négatif du verbe pour nier l’affirmation. Il faut alors interpréter leurs réactions et ce qui est dit entre les lignes. De leur côté, pour exprimer leur désaccord, les Tchèques peuvent paraître trop directs alors qu’ils veulent simplement s’assurer que le message a bien été reçu.

Un autre exemple interculturel avec le rapport au temps : certaines cultures sont plus ou moins monochroniques. Une seule chose est faite à la fois, les retards sont peu tolérés, l’ordre du jour est respecté et les échéances sont sacrées. Au contraire dans les cultures polychroniques, comme je l’ai vécu à l’Ile Maurice ou au Brésil, les tâches s’enchaînent, la ponctualité n’est pas primordiale et le temps est fluctuant. De ce fait, à l’issue d’une réunion, une solution est souhaitée mais pas forcément obligatoire… Ces particularismes sont mouvants et il ne s’agit pas d’enfermer les gens dans leur culture mais de s’enrichir mutuellement ! Accepter qu’il n’y ait pas une seule façon de voir les choses.

Ce qui est vraiment intéressant, c’est le commun, ce qui se situe « entre » les cultures : le comment on établit le lien. Pour cela, il est important de comprendre les différences et de savoir les gérer. Ce qui fait la richesse du lien, c’est ce que l’on met en commun : l’apport d’une part de soi conjuguée à l’attention que l’on porte à l’autre. En Chine, les gens pouvaient clairement voir que je ne suis pas Chinois, et ils ne s’attendaient pas à ce que j’agisse comme un Chinois ! Je crois qu’il ne s’agit pas de s’adapter à 100% à une culture. L’intéressant c’est de se demander : qu’est-ce que je peux apprendre de l’autre culture et qu’ai-je à offrir de ma propre culture ? De prendre conscience de son propre patrimoine culturel d’abord pour mieux faire le pont avec l’ailleurs.

Parvenir à une véritable compétence interculturelle est le fruit d’une attention continue et d’une pratique constante de l’adaptation. Il est absolument fondamental d’éviter les généralisations absolues car elles n’existent pas. Elles confinent dans des cases, or la culture est vivante, elle n’est pas figée. Notre humanité est constituée de cultures mais aussi d’individualités distinctes. Et ce qui fait notre commun, c’est précisément cet « entre » : là où les différences se rejoignent.

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