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Mathilde Rodrigues

Blogueuse BlueLink

Paroles d’expert

Si je vous dis « culture », vous pensez histoire, langage, lettres, savoir, croyance, art, us et coutumes… ce tout complexe acquis par un homme en tant que membre d’une société comme vu dans notre précédent billet.

Si je vous dis « numérique », vous pensez Intelligence Artificielle, algorithmes, codes, programme, logiciel, séquence, software… ce procédé qui consiste à convertir en calcul binaire presque tout ce qui nous entoure.

« Culture numérique » : cette formule semble si évidente ! Et pourtant elle sonne comme un paradoxe… Culture et nombre. L’expression de l’esprit serait-elle quantifiable ? Réductible à un calcul ?

Après tout, le numérique a bien le droit au titre de culture puisqu’il induit de nouvelles pratiques sociales (chat, médias sociaux…), de nouveaux usages (GPS, domotique, véhicules automatisés…), des arts nouveaux (art numérique), de nouveaux moyens de diffusion de l’information (revue en ligne, contenu multimédia…)

Plus que les outils, c’est tout l’environnement numérique qui bouleverse nos façons d’être ensemble, impactant les notions de mémoire, de transmission, d’altérité, de propriété, de langage, de liberté, d’imaginaire…Opérant une inexorable bascule culturelle. Chaque innovation technologique présente d’heureux apports toujours accompagnés d’impacts imprévus. Tout comme aucun médicament ne va sans contre-indication ni effet secondaire. En effet, les procédés scientifico-techniques conçus pour gérer, maîtriser totalement et uniformément nos affaires courantes enthousiasment et inquiètent à la fois. Une véritable révolution culturelle générant une profonde crise identitaire chez l’homme car l’enjeu premier de la culture est l’identité.

Une identité, un socle de valeurs ébranlés (travail, liberté, autorité…) qui poussent l’homme hors de sa zone de confort. Et, souvent, à considérer l’innovation, le progrès avec défiance. A faire d’un robot, d’une Intelligence Artificielle un rival, un adversaire susceptible de prendre « sa place ».

Alors une question existentielle se pose : qu’est-ce qui fait réellement l’humanité de l’homme ? Vouloir plus, savoir plus, tout comprendre, maîtriser davantage de choses, décider plus vite ? Non. Ce qui fait l’humanité de l’homme c’est sa faiblesse même, sa vulnérabilité, ses contradictions. Le fait qu’il est, certes, un être de raison mais qui, à la passion, perd le nord. À qui la peur ôte toute assurance et la colère toute clairvoyance. Un être de doutes voulant ceci et à la dernière seconde choisit cela…

De nature, l’Homme est un être d’émotions et donc un être de Relation.

Le monde numérique dans lequel nous évoluons bouleverse notre rapport au temps et à l’espace. Instantanéité, ubiquité, omniscience : le monde est devenu connexion, réseaux, flux. Il relève de la logique de Relation. Le verbe « exister » n’a jamais été aussi proche de son étymologie : ex-stare, se tenir hors de soi dans la considération de l’autre. Les métiers de la Relation ont de l’avenir car l’homme aura toujours besoin de l’homme pour exister.

Délestée de ses tâches serviles, une Relation facilitée par le numérique, augmentée par l’humain.

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