Quand la création de valeur partagée devient capitale

Frank Legré

Directeur général de BlueLink

Paroles d’expert

Moins de 20% des Français se déclarent confiants dans l’avenir. C’est le portrait d’une France défiante envers son système économique, ses institutions essentielles (gouvernement, médias, ONG) et ses entreprises que dressait le Baromètre de la confiance Edelman à l’aube de la crise COVID en janvier 2020. Ce phénomène s’expliquerait par un sentiment croissant d’inégalité et d’inquiétude au sein de la société civile. Aujourd’hui, un an plus tard, une nouvelle étude révèle que les entreprises deviennent un véritable repère de confiance (pour 61% des répondants). Protection des emplois, lutte contre les inégalités et le changement climatique, les entreprises sont reconnues comme des leviers majeurs pour le développement économique mais aussi sociétal et environnemental.   

 

Ainsi, la valeur des entreprises doit s’étendre : elle n’est pas qu’économique, elle est également sociale et environnementale. Ce triple capital est interdépendant car il n’y a pas de développement économique durable sans prise en compte du développement social et environnemental. Cette prise de conscience devrait donner l’impulsion nécessaire pour transformer les défis environnementaux et sociaux en opportunités de développement commercial. D’ailleurs, cette vision de valeur partagée a été déclinée en France avec la récente mise en place de la Loi Pacte (2019), selon laquelle « une entreprise doit être gérée dans son intérêt social, en tenant compte des impacts sociaux et environnementaux de son activité ».   

 

C’est pourquoi cette nouvelle approche de la création de valeur doit être mise au cœur de la stratégieUn nombre croissant de parties prenantes fait pression sur les entreprises pour qu’elles adoptent cette vision plus étendue de leur activité. Ces parties prenantes sont les collaborateurs, les clients mais aussi la société civile dans son ensemble. Les consommateurs, conscients de ces enjeux, sont de plus en plus exigeants et attentifs sur les engagements pris par les marques qu’ils choisissent. Les talents sont attirés par les entreprises qui contribuent à un monde meilleur et qui leur permettent d’avoir une carrière plus épanouissante. Les entreprises veulent également attirer des investisseurs qui cherchent de plus en plus à s’engager avec des organisations qui œuvrent à l’amélioration de leurs performances ESG (Environnement, Social et Gouvernance).    

 

Des entreprises pionnières revoient leurs modèles d’affaire pour aller au-delà des objectifs strictement focalisés sur la création de valeur pour les actionnaires en présentant un triple bilan (financier, social et environnemental), en considérant les impacts pour chacune des parties prenantes et en ajustant leurs systèmes de récompensec’est-à-dire la manière dont est reconnue la performance. Cette démarche holistique est source d’innovation et contribue également à renforcer son écosystème, ce qui favorise la longévité et la performance globale de l’entreprise. Selon France Stratégie, les entreprises qui placent leur politique de RSE au cœur de leur stratégie ont une performance supérieure de 13% par rapport aux autres.   

 

La crise actuelle doit être l’opportunité pour les entreprises d’accélérer leur transformation en adoptant un modèle vertueux et durable. Cette création de valeur, en s’inscrivant dans la contribution au bien commun, rétablira la confiance. Une confiance capitale pour relever les gigantesques défis d’aujourd’hui et de demain. 

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