Transformation sans vision n’est que ruine de l’organisation

Frank Legré

Directeur général de BlueLink

Paroles d’expert

Alors que nous vivons un événement d’ampleur historique marquant probablement la fin d’une époque et le début d’une autre, apprendre de cette crise et se transformer se révèlent être une absolue nécessité exigeant la prise en compte de nouveaux risques et de nouvelles priorités. Le monde entier est ébranlé par cette pandémie : au-delà du choc sanitaire, les impacts collatéraux, sociaux, économiques, politiques seront considérables et durables. Nous ne reviendrons pas au statu quo ante et cette crise se révèle être un véritable accélérateur du changement… Mais pour aller où ?  

 

Des rêves d’éternité, des voyages martiens, des humains « augmentés », telles sont les ambitions portées par les transhumanistes du centre névralgique de la hight tech outre-atlantique… Que l’on aime ou pas, là n’est pas la question, force est de constater que cette vision a fait et fait encore bouger les lignes… Et du côté de l’Europe, berceau de l’Humanisme, de la Renaissance, des sciences humaines, que sont devenues nos croyances en l’Homme, nos idéaux d’émancipation ? Au seuil de toutes les réinventions qui seront nécessaires, il apparaît fondamental de s’appuyer sur nos actifs, sur ce socle identitaire, sur ce qui fait notre patrimoine et donc notre différence pour s’élancer vers demain. 

 

Pour les entreprises et les marques, opérer une métamorphose, exige de donner du sens. L’injonction d’engagement seule sera vaine. Il faudra s’aligner avec le réel mais aussi s’appuyer sur sa raison d’être propre. Définir une vision fédératrice dans laquelle chacun, dans sa mission, pourra s’identifier avec joie et fierté, le profit devenant une conséquence, et non plus une finalité en soi. Bien sûr, toutes les entreprises ont pour but de dégager des bénéfices, mais l’impératif de rentabilité ne sera plus suffisant pour donner du corps à l’action, guider et inspirer le changement.  

 

Chercher réellement, profondément, les raisons qui mobilisent les énergies. Comprendre pourquoi c’est vraiment important pour soi, à titre individuel, mais aussi au niveau de l’entreprise, pour les clients, le marché, l’humanité, la planète… La vision doit résister au temps et aux modes, aux cycles de produits ou de marchés, aux ruptures technologiques, aux méthodes de management, au départ ou à la disparition d’un leader. Elle doit survivre à tous les aléas. Elle est une source d’orientation et d’inspiration pour les individus, l’organisation, les produits, les process… Elle est une étoile dont les filaments sont les principes essentiels, les valeurs de l’organisation.

Pour paraphraser Rabelais, « transformation sans vision n’est que ruine de l’organisation » en somme. Dans un monde en quête de sens, façonné par le numérique, l’immatériel, l’IA et les datas, s’interroger sur notre système de valeurs et sur ce qui fait de nous des êtres humains devient plus que jamais nécessaire en mettant les outils digitaux au service de la cause humaine, le numérique étant un moyen et non une finalité. 

 

Il y a fort à parier que la vision humaniste portée par des valeurs telles que la bienveillance, l’empathie, le respect, l’intelligence collective et la solidarité se développent intensément dans les transformations à venir. Pas un humanisme béat, mais un humanisme engagé et constructif. 

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